Football - Euro 2008
Abonné au banc de touche à Saint-Etienne fin 2006, Bafétimbi Gomis va participer au prochain Euro avec seulement une sélection au compteur. Grande surprise de la pré-liste de Raymond Domenech, il a su saisir sa chance face à l'Equateur (2-0). Pas de doute, Gomis ne perd pas de temps.
C'est l'histoire d'une ascension fulgurante. D'un prêt à Troyes en Ligue 2 en 2005 à l'Euro austro-suisse. Du banc de touche de l'AS Saint-Etienne en 2006 dans l'ombre de Frédéric Piquionne à une première sélection fracassante qui lui ouvre les portes d'une compétition internationale de premier choix. Quarante cinq minutes face à l'Equateur (2-0) pour un ticket express, destination l'Euro. A 22 ans, "Bafé" Gomis n'a pas perdu de temps. En une semaine, il est passé du statut de bon joueur de Ligue 1 à celui de joker des Bleus. Exit Djibril Cissé, ses 36 sélections et ses 9 buts en Bleu. Place à l'inexpérimenté Gomis.
Roussey le mentor
Une solution qui, si elle apparaît aujourd'hui crédible, n'avait rien d'évident il y a quelques semaines encore. Fin 2006, il traîne toujours sa réputation de joueur brouillon, sorte de bulldozer qui arrache tout sur son passage. Une force de la nature qu'il reste à dégrossir. Et c'est Laurent Roussey, alors coach adjoint d'Ivan Hasek chez les Verts, qui va s'atteler à cette tâche. La méthode : répéter ses gammes après chaque entraînement, seul face au but quand ses partenaires sont déjà sous la douche. Le but : affiner son jeu, le simplifier, l'épurer de ses trop nombreuses scories et gagner en efficacité. Le résultat : une fin de saison détonante avec 8 buts inscrits en 11 matches entre fin janvier et début avril. Gomis a pris ses marques parmi l'élite. Il est sur orbite. L'exercice 2007/2008 sera celui de la confirmation.
Troisième meilleur buteur de Ligue 1 (16 buts), il mènera les Verts sur la scène européenne qu'ils n'avaient plus côtoyée depuis 26 ans. "Bafé touche les dividendes de son investissement et de son travail. Tout au long de la saison, il a cumulé des progrès et de la confiance ", commente Laurent Roussey, nullement surpris par la sélection de son protégé. Avant d'insister : " Avec Bafé, tout passe par le travail." C'est à la sueur de son front et grâce aux conseils avisés de son mentor, devenu coach, que Gomis a percé sur la scène nationale. Il lui restait à confirmer en sélection.
Une alternative intéressante
Surprise de la liste élargie de Domenech, destinée à l'une des sept places dans l'hélicoptère des condamnés, il a su prendre sa chance au bon moment. Première sélection face à l'Equateur (2-0), premier doublé en 45 minutes où il sort les vice-champions du monde de leur torpeur. Une performance inédite depuis les débuts de Zinédine Zidane en août 1994. Avec l'insouciance qui caractérise parfois les invités surprises, Gomis a su de suite exporter son talent à l'international. C'est sans doute sa fraîcheur, sa confiance en lui et sa forme du moment qui ont fait pencher la balance en sa faveur. Il peut apporter ce grain de folie et bousculer un jeu qui tomberait dans le stéréotype comme ce fut le cas mardi soir.
Ce choix correspond donc à une certaine logique et pas seulement aux facéties d'un Domenech adepte du contre-pied. Des cinq attaquants présélectionnés, le Stéphanois est le seul à présenter un profil vraiment différent. Celui d'un joueur capable de servir de point d'ancrage, de pivot et dont la vitesse n'est pas l'arme principale. Puissant et athlétique, il use les défenses et ne cherche pas systématiquement la profondeur comme aiment le faire Anelka, Henry et Cissé.
Son jeu propose donc une alternative intéressante si la France doit faire face à des défenses physiques et hermétiques. Un profil qui ne présage en rien de son avenir en Bleu. Henry, Anelka et Benzema ont quelques longueurs d'avance sur le Stéphanois. Deux joueurs ont connu un parcours similaire au sien lors du Mondial 2006. Deux joueurs qui n'avaient connu aucune sélection avant de rejoindre le groupe France lors d'une grande compétition internationale. Quel destin attend Gomis ? Celui d'un Chimbonda, éternel remplaçant tombé aux oubliettes de la sélection nationale, ou celui d'un Ribéry, joker de luxe devenu titulaire indiscutable ?